Éducation : apprendre à son enfant à affronter les épreuves de la vie

Conflits, mauvaises notes, déceptions… La vie des enfants est jalonnée de petits soucis et de gros problèmes. Savoir les accueillir, y faire face et les résoudre sont des compétences clés que chacun peut acquérir dès le plus jeune âge. Pourquoi est-ce si important ? Comment le parent peut-il aider son enfant à se frayer un chemin parmi les difficultés qu’il rencontre dans son quotidien ?

C’est bien normal, les parents veulent le meilleur pour leur enfant. Au point parfois de se transformer en parents “hélicoptères”, qui interviennent à la moindre déconvenue et résolvent les problèmes à sa place. Pourtant, balayer chaque petit caillou sur le chemin de son enfant n’est ni possible ni souhaitable. Ainsi surprotégé, le jeune risque d’avoir du mal à accepter la réalité et à gérer les frustrations. Il sera en quête de moments parfaits. Avec le risque de se sentir perpétuellement déçu et insatisfait à la moindre petite ombre.

Une compétence pour la vie

Apprendre à gérer un problème donne à l’enfant un véritable sentiment de compétence et développe sa confiance en lui. Lorsqu’il se trouvera face à un écueil, il se laissera moins submerger par le stress. Il saura en effet que c’est normal, que cela fait partie de la vie, il aura déjà expérimenté ce genre de situations et se sentira moins démuni. “Apprendre à son enfant à faire face à un problème, c’est l’aider à devenir indépendant et à développer différentes stratégies pour affronter la vie sans se sentir trop exposé. C’est l’armer et lui donner des ressources pour lui permettre de se débrouiller, maintenant et plus tard, sans pour autant refuser l’aide d’autrui !”, souligne Nathalie Anton, psychologue, enseignante et autrice des livres Le Potentiel caché de votre ado (1) et 50 Clés pour aider un ado stressé (2). Par ailleurs, les échecs et déceptions qui parsèment la vie d’un enfant sont non seulement inévitables mais aussi souhaitables. “C’est parce que l’enfant ou l’ado est en situation d’apprendre – en classe, dans ses relations avec les autres… – qu’il rencontre des écueils. Or, on apprend par l’erreur, et c’est ce qui permet de progresser”, ajoute l’autrice.

Accueillir les émotions

Frustration, colère, tristesse, abattement… lorsque l’enfant rencontre une contrariété, il peut exprimer toutes sortes d’émotions. C’est normal et sain. Pour qu’il apprenne à les gérer, le parent doit être en mesure de les accueillir. Il ne s’agit ni de les nier ni de vouloir les réguler au plus vite, encore moins de rabrouer son enfant… “Le parent doit rester calme et se garder de dramatiser. De même, on évite la dévalorisation et la moquerie, qui plus est en public, tout comme les petites phrases du type ‘On ne peut pas te faire confiance’, ‘Tu es insupportable’, ou encore ‘Avec toi c’est systématique’. C’est très insécurisant pour l’enfant et cela le fige dans une mauvaise image de lui”, précise Nathalie Anton. L’enfant aura l’impression d’avoir commis une faute, et il sera tenté à l’avenir de dissimuler ses soucis. Alors que pour résoudre son problème, il aurait besoin de parler et d’échanger ! Si le parent se doit de rassurer son enfant, il ne faut en aucun cas banaliser. La banalisation peut être très violente, car l’enfant se sent déconsidéré dans ses émotions. “Ma fille est en primaire, et elle me raconte tous ses petits soucis avec ses copines, explique Stéphanie, mère de Violette, 8 ans. Pour moi, ça s’apparente à des broutilles, et je me disais que la meilleure réaction, c’était de prendre ça avec humour et légèreté et de passer à autre chose. Sauf que rapidement, j’ai vu que mon attitude n’aidait pas ma fille, que les problèmes continuaient et qu’elle s’agaçait après moi. J’ai fini par essayer de comprendre ce qu’elle ressentait, de me mettre à sa hauteur. Et ensemble, on a tenté de trouver des petites solutions, des idées de réparties quand elle se faisait embêter. Petit à petit, elle a repris le contrôle, et elle est plus assurée pour gérer les conflits avec ses amies.”

Tirer les fils

Le parent doit être dans une écoute bienveillante, sans jugement. En préambule, qu’il n’hésite pas à remercier son enfant de s’être confié à lui. Il peut le questionner, valider ses émotions, creuser derrière elles pour essayer d’y voir plus clair et connaître la vraie nature de son souci. Car, bien souvent, l’enfant n’explique pas vraiment ce qui se passe. Derrière une émotion négative et une difficulté visible peuvent se cacher d’autres problèmes sous-jacents. Cet échange amènera l’enfant à réfléchir et le guidera vers des ébauches de solutions. “Il faut considérer un problème comme un moyen d’aller vers une solution, revendique la psychologue. C’est bien souvent l’occasion d’un apprentissage sur soi. Une émotion générée par un problème peut être la conséquence d’un besoin non satisfait. Par exemple, si l’enfant oublie régulièrement ses affaires, c’est peut-être qu’il est tout simplement fatigué et en manque de sommeil. Dans ce cas, une des solutions peut être de dîner plus tôt pour se coucher plus tôt.”

Donner des clés

En tant que parent, on doit lutter contre une tendance naturelle à ne pas écouter son enfant, à proposer des solutions toutes faites, voire à faire à sa place. C’est infantilisant. Par ailleurs, l’enfant risque de se sentir incompris, car il n’est pas reconnu dans ses émotions. L’objectif, c’est de l’amener à résoudre son problème par lui-même. On l’aide à ouvrir son éventail de réflexion, on lui apprend à ne pas rester dans le problème et à se mettre en mode “action”. C’est aussi ce qui l’aidera à gérer son stress. “On peut lui poser tout un panel de questions ouvertes : ‘Qu’est-ce qui s’est passé ?’ ‘Que ressens-tu ?’ ‘Qu’est-ce que tu aurais pu faire autrement ?’ ‘Que pourrais-tu faire maintenant pour résoudre ce problème ?’ ‘Comment pourrais-tu faire la prochaine fois pour que ça ne se reproduise pas ?’ On peut aussi utiliser la transposition, en lui disant par exemple : ‘Si cela arrivait à ta copine, qu’est-ce que tu pourrais lui conseiller ?’ Ça permet souvent de débloquer les choses. On peut aussi lui donner des idées d’étapes à respecter pour affronter le problème au moment où il se présente : respirer, ce qui permet de diminuer le stress et de prendre du recul, observer et écouter, afin d’envisager les différentes options possibles, puis enfin décider. Cela l’aidera à ne pas se laisser absorber, à faire redescendre le stress et à se mettre en mouvement…”, conseille la psychologue. “Lorsque ma fille rentre du collège avec un souci et qu’elle m’en parle – cela tourne généralement autour des notes et des relations avec les autres –, je la laisse vider son sac, ça aide à faire retomber la pression. Puis souvent je lui demande : ‘Et si ça m’était arrivé à moi dans mon travail, qu’est-ce que tu me conseillerais ?’ Ça la force à trouver des pistes pour s’en sortir par elle-même. C’est l’occasion d’un bel échange, ça dédramatise les choses, et parfois ça l’amuse même !, témoigne Laurence, mère de Nina, 12 ans.

Anticiper les problèmes

Lorsqu’un enfant a rencontré un problème, cela peut être intéressant de réfléchir avec lui sur comment il aurait pu être évité. On l’amène à réfléchir à l’enchaînement des situations. C’est un bon moyen de développer son raisonnement, sa créativité, son organisation, son sens de l’anticipation et de l’organisation. “Par exemple, si l’enfant arrive régulièrement en retard à l’école, on réfléchit avec lui à ce qui pourrait être mis en place pour que la prochaine fois, cela se passe mieux. Ça peut être tout simplement de partir plus tôt, de préparer ses affaires la veille…”, recommande Nathalie Anton. “Il peut être intéressant d’anticiper aussi certains imprévus, afin que l’enfant ne se retrouve pas démuni, sans savoir comment réagir. On ouvre les possibilités, on l’aide à trouver des clés en imaginant certaines situations complexes : ‘Que fais-tu s’il y a une panne de métro ? Si tu n’as plus de batterie ? Ou encore si ton copain a trop bu ?…’” Par ailleurs, on n’oublie pas que nos enfants nous regardent et apprennent de nous. Si à chaque fois que l’on rencontre un problème, on en fait tout un drame, cela sera beaucoup plus compliqué pour l’enfant d’apprendre à relativiser et à exprimer sa capacité de résilience. En la matière, l’exemplarité est la plus belle des leçons.

  1. Éditions Eyrolles
  2. À paraître en mars aux éditions Eyrolles

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