ATTentat rue victor huog lyon
En 2019, l’attentat de la rue Victor-Hugo à Lyon avait fait une dizaine de blessés. (Photo de PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Attentat de la rue Victor-Hugo à Lyon : l'accusé toujours muet face à ses proches

Au troisième jour du procès de l'attentat de la rue Victor-Hugo à Lyon qui avait fait une quinzaine de blessés en 2019, l'accusé, Mohamed Medjdboud a refusé tout échange avec des proches incrédules venus parler de son parcours.

Face aux dépositions, attristées ou incrédules, des membres de sa famille, l'Algérien Mohamed Medjdoub, jugé devant la cour d'assises spéciale de Paris pour un attentat à la bombe qui avait fait une quinzaine de blessés devant une boulangerie de Lyon en mai 2019, est resté de marbre refusant tout échange avec eux. "Vous voulez dire quelque chose à votre mère ?", tente le président Jean-Christophe Hullin. Regardant droit devant lui, l'accusé, comme depuis le début du procès, ne réagit pas.

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"Il a toujours eu tout ce qu'il voulait (...) Je me suis sacrifiée toute ma vie pour mes enfants", dit à la barre Hafida C., 59 ans, ancienne ingénieure en génie civil, manteau gris et cheveux cachés par un voile bleu. "Je n'arrive pas à comprendre. J'ai l'impression d'être punie par Dieu", poursuit la mère de famille qui a quitté l'Algérie en 2015 pour que ses enfants puissent avoir "un meilleur avenir".

Sa mère ne comprend pas

Elle cite la réussite scolaire de ses trois autres enfants, répète à l'envi qu'elle ne comprend pas ce qui a pu se passer dans la tête de son fils, venu les rejoindre à Oullins, en banlieue lyonnaise, en 2017, alors qu'il a 22 ans. "On est détruits", dit-elle.

Certes, veut bien admettre l'avocat général Nicolas Braconnay, lui rappelant cependant que Mohamed Medjdoub a tenu devant elle des propos à connotation jihadiste lors de visites en prison sans qu'elle réagisse face à leur violence.

Ainsi, indique le magistrat, au cours d'un des parloirs (sonorisés par l'administration pénitentiaire) alors que son fils évoquait "les crimes" des forces de la coalition en zone irako-syrienne, Hafida C. lui avait donné raison avant de répondre que "le Seigneur a puni la coalition en envoyant le coronavirus" en Occident.

"Soit il est fou, soit il est possédé"

La petite sœur de l'accusé, âgée de 15 ans au moment des faits, est dans le  déni complet. "Mon frère ne peut pas avoir fait ça. Ce n'est pas possible." L'avocat général lui indique que ses parents "ont compris que c'est (Mohamed) qui a posé la bombe". "Ah!", répond la jeune femme.

Le représentant du parquet national antiterroriste (Pnat) lui rappelle encore des propos de son frère en détention où il souhaite notamment la mort des mécréants. "Je n'ai aucun souvenir de ces discours là", dit la cadette qu'on sent sur le point de craquer. "Soit il est fou, soit il est possédé", dit-elle en se faisant violence.

"Pomme pourrie"

"Je ne veux plus parler" de cette affaire, "je suis fatiguée émotionnellement", ajoute la jeune femme qui intervient en visio depuis une salle de la cour d'appel de Lyon.

"Est-ce que vous avez quelqu'un pour parler de votre peine?", s'enquiert une des avocates de la défense. La jeune femme qui poursuit des études pour devenir expert-comptable s'effondre en sanglots, incapable de poursuivre. Mustapha, 24 ans, petit frère de l'accusé, en sixième année d'internat en biologie médicale au CHU de Saint-Etienne (Loire), parle, lui, de sa "honte".

Après l'attentat commis par son frère, il avait été interpellé dans son lycée, "trois semaines avant le bac", se souvient-il. "Je suis extérieur à cette histoire. Je n'ai rien fait à part être son frère", explique-t-il. "Je condamne tous les attentats. On n'a pas besoin de tuer des gens pour se faire entendre", insiste-t-il.

Comme toute sa famille, il a été privé de son titre de séjour par les autorités administratives françaises depuis l'interpellation de son frère. La grande sœur de l'accusé, Cherifa, 35 ans, architecte, estime qu'elle est "une victime" et comme sa cadette doute de la culpabilité de son frère. "Jusqu'à aujourd'hui, on ne sait pas" s'il a posé une bombe, dit-elle.

Un avocat de parties civiles s'indigne en évoquant les blessés de l'attentat. "C'est des victimes, comme nous", consent-elle à dire. Voix gouailleuse, sourire permanent aux lèvres, la tante de l'accusé, Manille, 62 ans, qui intervient en visio depuis Lyon, détonne.

Son neveu ? "Une pomme pourrie", tranche-t-elle. Se définissant comme "le mouton noir" de la famille, elle explique que le courant n'est jamais passé avec Mohamed car "j'étais trop française, trop libertaire" à ses yeux.

"Je suis dégoûté que notre nom soit sali", dit-elle sans se départir de son sourire. Le procès est prévu jusqu'au 7 avril.

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