Vinciane Brunel
Vinciane Brunel

"La ZFE c'est pas un totem en soi, c'est un outil", assure Vinciane Brunel (EELV)

Vinciane Brunel, coprésidente du groupe Les Ecologistes à la Métropole de Lyon, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Le 8 avril prochain, les députés vont peut-être enterrer les ZFE (zone à faibles émissions). En commission et contre l'avis du gouvernement, ce dispositif a dores et déjà été supprimé. La Métropole de Lyon fait partie des territoires qui ont mis en place une ZFE et prévoient de la développer avec l'interdiction des diesels en 2028. "Les ZFE, il faut se rappeler qu'elles ont été demandées par l'Europe suite au contentieux de l'État qui avait été condamné pour une action climatique, que du coup on a demandé à la France de mettre en place des ZFE pour lutter contre la pollution de l'air et c'est ça l'objectif premier de ces ZFE. C'est d'abord de lutter contre la pollution de l'air. Donc je rappelle, c'est 40 000 morts en France", pointe Vinciane Brunel.

La coprésidente du groupe Les Ecologistes pointe les résultats positifs qu'ont déjà apporté la ZFE dans la Métropole de Lyon. Elle revient aussi sur les critiques sur une "zone d'exclusion sociale" qui accompagnent la possible suppression de ce dispositif : "La ZFE pour qu'elle soit juste socialement, il faut l'accompagner de beaucoup de dispositifs à côté comme on a fait, c'est à dire les aides financières, les dérogations selon les usages. Il faut avancer en même temps effectivement les alternatives transports en commun parce que si on avance l'un sans l'autre c'est compliqué. Donc c'est pour ça que c'est un dispositif compliqué, c'est parce que ça demande beaucoup d'autres compléments pour la rendre juste. Mais après moi je veux quand même dire qu'on est dans un moment où il faut arrêter d'opposer la santé des Français et leur pouvoir d'achat".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Vinciane Brunel

Bonjour à tous et bienvenue, vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale et aujourd'hui nous sommes avec Vinciane Brunel. Vous êtes coprésidente du groupe Les écologistes au Conseil Métropolitain de Lyon. On vous a invité pour revenir avec vous sur une décision alors qui n'a pas été prise dans votre assemblée, dans votre collectivité, la métropole de Lyon, mais à l'Assemblée nationale, en commission, des députés ont voté pour la suppression des ZFE. ZFE qui commence à Lyon depuis 2-3 ans à être une vraie réalité avec notamment, depuis le 1er janvier 2025, l'interdiction des critères 3. En 2028, ça doit être l'interdiction des véhicules diesel, des critères 2. Est-ce que vous pensez que finalement ça n'arrivera plus jamais que les ZFE appartiennent au passé ? Est-ce que pour vous finalement c'est une mauvaise ou une bonne nouvelle ce qui est arrivé l'autre jour à l'Assemblée nationale ?

Alors ce n'est pas une bonne nouvelle dans la mesure où le signal qu'on a l'impression qu'on donne, c'est qu'on abandonne la santé des Français en fait. Les ZFE, il faut se rappeler qu'elles ont été demandées par l'Europe suite au contentieux de l'État qui avait été condamné pour une action climatique, que du coup on a demandé à la France de mettre en place des ZFE pour lutter contre la pollution de l'air et c'est ça l'objectif premier de ces ZFE. C'est d'abord de lutter contre la pollution de l'air. Donc je rappelle, c'est 40 000 morts en France, la pollution de l'air et c'est quels sont les Français qui subissent principalement ces mortalités précoces. Ça va être les habitants les plus précaires qui vivent à côté des axes et des périphériques. C'est les enfants et les jeunes enfants et notamment les nourrissons. Ce sont les personnes âgées et puis toutes les personnes qui ont des problématiques respiratoires qui peuvent venir de plusieurs facteurs, mais dont la pollution de l'air effectivement rend encore plus compliquées les conditions de vie.

Si je vous demandais si c'est une bonne nouvelle, c'était pas de la provocation, mais c'est que j'ai en tête il y a un an à peu près jour pour jour, la métropole de Lyon publiait une campagne d'affichage sur des panneaux publicitaires dans la rue en disant l'État met en place la ZFE. En gros, c'est pas nous les écologistes, c'est pas nous la métropole de Lyon qui voulons vous empêcher de prendre votre voiture, on obéit à une directive de l'État. Maintenant que la directive de l'État n'existe peut-être plus, est-ce que vous dites bon ben voilà c'est plus notre problème, merci, au revoir, on n'a plus endossé l'impopularité de cette mesure. Est-ce que c'est pour ça aussi est-ce que dans la question qui suit c'est est-ce que vous allez continuer à mettre en place la ZFE si vous le pouvez ?

Alors ce qu'il faut comprendre c'est que la ZFE pour nous c'est pas un totem en soi, c'est un outil, un outil dans une politique globale. Donc cet outil-là effectivement ça a été un outil qui était mis à disposition par l'État, nous on s'en est saisi pour le mettre à disposition d'une politique globale dans la lutte de la pollution de l'air, avec le développement des transports en commun, de l'autopartage, du covoiturage et tout ce qu'on a pu mener sur les piste cyclable ou les plans de piétons. Donc c'est un ensemble de mesures et la ZFE ça fait partie de ces mesures-là. Là où c'est intéressant c'est que dans ce qu'on a pu voir dans les autres pays européens qui les ont mis en place et même dans ce qu'on a pu mettre en place déjà jusqu'à présent, c'est qu'il y a vrai effet quand même. Là depuis qu'on l'a mise en place il y a vraiment une dynamique qui s'est créée, le fait de porter ce cap plat de la ZFE, ça a fait quand même bouger beaucoup les dynamiques locales, les entreprises, les concessionnaires, ceux qui mettent à disposition des voitures allouées, on a senti que ça avait eu un effet là-dessus, un effet impactant. Donc ça c'est intéressant pour le territoire. Et puis on a eu des… là on a en train d'observer des vraies baisses de la pollution, donc une augmentation de l'amélioration de l'air. En 2024, on est retombé en dessous des seuils de 40 microgrammes par mètre cube.

Mais qui vont beaucoup bouger...

En tout cas c'est plutôt un résultat encourageant qu'il faut poursuivre parce que pour sortir de la de la réglementation il faut le tenir pendant trois ans. Et ensuite si nous on obtient ces objectifs là, on peut suspendre la ZFE ou mettre autre chose mais si on n'y arrive pas, comment on fait ? C'est à dire si on a suspendu la ZFE et du coup on propose rien. Parce que le problème de la droite, et moi ce que je la reproche, c'est que faire ça maintenant en plein déroulement des étapes, brutalement, sans aucune autre proposition alternative. Juste parce que effectivement c'est sûr que c'est compliqué. On sait que la ZFE c'est un outil imparfait.

Vos partenaires d'ailleurs de gauche, les Insoumis, sont contre cette mesure. Le maire de Villeurbanne a demandé à sa police municipale de ne mettre aucun zèle dans l'application ou en tout cas dans le contrôle de la ZFE. On voyait bien que ça divise politiquement puisqu'on parle de cette exclusion sociale.

Ça divise parce que la ZFE pour qu'elle soit juste socialement, il faut l'accompagner de beaucoup de dispositifs à côté comme on a fait, c'est à dire les aides financières, les dérogations selon les usages. Il faut avancer en même temps effectivement les alternatives transports en commun parce que si on avance l'un sans l'autre c'est compliqué. Donc c'est pour ça que c'est un dispositif compliqué, c'est parce que ça demande beaucoup d'autres compléments pour la rendre juste. Mais après moi je veux quand même dire qu'on est dans un moment où il faut arrêter d'opposer la santé des Français et leur pouvoir d'achat. C'est pas l'un ou l'autre, on doit avancer sur les deux quand on est élu. Et je trouve que c'est irresponsable politiquement de mettre des suspensions comme ça brutalement sur un outil en place, sans proposer d'autre chose et laisser les gens avec la calculation de la pollution de l'air et la repousser à plus tard comme on fait depuis 20 ans. Vous voyez pour les problématiques d'alcool il y a eu des campagnes nationales, pour des problèmes de sécurité routière il y a eu des campagnes nationales. Pour la pollution de l'air qui fait 40 000 décès par an, il n'y a rien. Il n'y a pas de campagne nationale, on n'a pas été accompagné suffisamment par l'État. Donc c'est vrai que c'est compliqué tout ça. En tout cas nous on essaye de tracer notre chemin et d'avoir en tête l'objectif, quelque part peu importe les outils, c'est l'objectif d'efficacité. Qu'est-ce qui est le plus efficace pour y arriver ? Et la ZFE en fait partie quand même malgré tout.

Est-ce qu'il peut y avoir une amélioration sans contrainte ? C'est aussi ça qui est un peu en jeu derrière. Si on enlève la contrainte, est-ce que les gens vont abandonner leur diesel les plus polluants, même si tous les diesels ne sont pas aussi polluants les uns que les autres ?

Accompagner et changement de méthode, c'est toujours un subtil mélange entre l'accompagnement ou le changement, le fait de donner les moyens de changer et un peu de contrainte. C'est comme j'ai envie de vous dire, vous vous rappelez à l'époque où on a fait les ceintures à l'arrière dans les voitures. Bon, à un moment donné, si on avait dit on vous laisse le choix de l'apporter ou pas, je pense qu'on en serait toujours au choix de l'apporter ou pas. Donc à un moment donné, toutes les réglementations ne sont pas faites pour embêter les gens. Elles ont quand même des objectifs. Maintenant, il faut trouver le juste milieu. Mais si on avait un peu plus d'élus, responsabilité et en trouvant des solutions, c'est-à-dire en améliorant les dispositifs parce qu'il y a besoin de les améliorer pour qu'ils soient plus justes, on y gagnerait plutôt qu'avoir des gens qui sont systématiquement en train de faire de l'opposition et de brandir les Français les uns contre les autres ou de mettre l'écologie contre le pouvoir d'achat alors que c'est idiot.

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