Le MacLyon propose deux expositions passionnantes autour des nouvelles technologies, qui interrogent leur rôle dans l’art contemporain et révèlent la manière dont elles ravivent une nature dégradée.
Comment les artistes, par l’expérimentation des nouvelles technologies, notamment le numérique, peuvent-ils raviver en nous la mémoire de la nature et nous sensibiliser à sa préservation ? C’est tout l’enjeu de la première exposition Échos du passé, promesses du futur basée au premier étage du musée qui invite quinze créateurs autour d’œuvres multiples – peinture, vidéo, tapisserie, installation, réalité virtuelle, sculpture.
Et son entrée en matière est percutante ! On se trouve devant l’installation vidéo d’Alexandra Daisy Ginsberg The Substitute (2019), qui recrée avec l’intelligence artificielle un rhinocéros blanc du Nord, une espèce éteinte (il reste quelques femelles), faisant revivre le dernier mâle disparu en 2018. Pensée à l’échelle 1, elle nous permet d’appréhender sa taille comme si nous étions face à lui, au même niveau.


L’artiste a créé cette œuvre en se basant sur le travail documenté qu’un chercheur a mené autour de l’image et de la vocalisation de l’animal, passant de sa pixélisation à une vision réelle tandis que les sons discordants du début se transforment en sons tout aussi réels. Il bouge devant nous, dans un espace virtuel, avant de disparaître à nouveau… L’œuvre résume à elle seule la suite d’une exposition que Marilou Laneuville a conçue en s’inspirant du travail du psychologue Peter H. Kahn sur l’amnésie générationnelle environnementale : “Pour lui,nous dit-elle, il s’agit de se demander pourquoi, malgré les alertes climatiques et alors que l’on sait que la biodiversité s’effondre un peu partout sur la planète, les humains, de manière collective, ne se saisissent pas davantage de ce problème. Il explique ainsi que l’on a tendance à avoir un référentiel par rapport à nos souvenirs d’enfance, que l’on compare avec ce que l’on a toujours connu et pas avec ce que l’on n’a jamais connu. Quand une génération a par exemple connu des papillons dans le jardin familial, celles qui suivent et qui n’en voient plus ont du mal à se rendre compte que la nature s’est transformée et qu’elle disparaît depuis de nombreuses années, inconsciemment on s’habitue à la dégradation de la nature qui pourtant va bien au-delà de nos propres vies.”
Les nouvelles technologies ravivent la nature et la biodiversité
Si les nouvelles technologies peuvent avoir un impact négatif sur la biodiversité, il s’agit ici de démontrer, non pas à travers des discours didactiques mais par des expériences sensorielles, visuelles et poétiques qu’au contraire, leur utilisation à bon escient par les artistes est un relais de cette mémoire de la nature et qu’en travaillant de manière collaborative avec des scientifiques et des chercheurs, ils essaient de nous faire comprendre ce lien avec le vivant et de nous sensibiliser aux problématiques de la biodiversité et de l’environnement. Et tout est beau dans cette exposition ! Elle nous plonge dans une vision sublimée de la nature, projetant des mondes nouveaux hybrides et utopiques, où le vivant serait en symbiose avec l’être humain. On citera The Pond (2023) de Bianca Shonee Arroyo-Kreimes qui, à travers une installation multimédia interactive, revisite le diorama et nous met face à un lac artificiel, reconstitué avec une végétation et des animaux. Justine Emard nous subjugue avec Supraorganism (2020),une installation lumineuse composée de sculptures en verre animées par un système d’apprentissage construit à partir de l’analyse des comportements et de l’intelligence collective d’une communauté d’abeilles. Plus loin, Donatien Aubert présente quelques modules de l’œuvre Les Jardins cybernétiques (2020) où l’on découvre des végétaux disparus depuis la révolution industrielle, reconstitués à partir de modèles photographiques et imprimés en 3D.
Découvrir l’art technologique avec Univers programmés
Conçue par Matthieu Lelièvre, la seconde exposition Univers programmés puise dans les collections du Mac, notamment celle de la 3e Biennale d’art contemporain intitulée Installation, cinéma, vidéo, informatique qui, en 1995, explorait déjà l’impact des nouvelles technologies dans l’art contemporain. En les mettant en dialogue avec des œuvres plus récentes, il nous invite à découvrir un art technologique, à mieux appréhender la manière dont les pratiques artistiques ont évolué avec le développement de l’informatique, des réseaux internet, de l’intelligence artificielle, de la réalité augmentée, des NFT… Interactive, pour les grands et les petits, sans surenchère numérique, elle est constituée de films, jeux vidéo, photographies, œuvres conceptuelles ou encore de tapisseries.
On (re)découvre ainsi la célèbre œuvre interactive Intro-Act (1995) de Christa Sommerer et Laurent Mignonneau qui transforme les gestes et mouvements des visiteurs placés devant l’écran en une multitude de formes végétales et minérales. Celle, tout aussi ludique, de Jan Kopp en forme d’installation sur laquelle les visiteurs peuvent se promener, produisant à chacun de leur passage, les sons d’une ville imaginaire ou des bruits de circulation (News from an Unbuilt City, 1998).

On aime la balade que nous proposent Adrien M et Claire B à l’intérieur de Core (2020), une œuvre immersive qui déploie sur les murs d’une salle noire un ballet de points et de lignes lumineuses. Et on est touché par Dreamprints (2021) de Justine Emard réalisé avec le Centre du sommeil et de la vigilance de Paris. Il s’agit de quatorze sculptures en terre cuite émaillée (impression 3D) qui illustrent, grâce à des données captées pendant le sommeil de l’artiste, des fragments de ses rêves transformés en matière fossilisée. Et bien qu’elles soient minimalistes, ces sculptures ont pour le visiteur un impressionnant pouvoir évocateur.
Échos du passé, promesses du futur et Univers programmés – Jusqu’au 13 juillet au MacLyon – www.mac-lyon.com