2025 marque le centenaire de l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, qui attira, à Grenoble, en 1925, plus d’un million de visiteurs. Cette date anniversaire invite à redécouvrir le patrimoine grenoblois, riche d’une histoire de plus de deux mille ans, et profiter du charme culturel unique de la ville, entourée de montagnes, d’ailleurs aisément accessibles à pied ou en transport en commun depuis le centre-ville.
À seulement 1 heure 20 de Lyon par le train, la ville natale de Stendhal – le plus célèbre Grenoblois à qui l’on attribue la citation : “Au bout de chaque rue, une montagne” – promet un dépaysement total. Chaque artère ou allée offre une vue sur un massif environnant : Chartreuse, Vercors ou Belledonne. La nature pose le décor autour d’un centre-ville dont l’architecture, de prime abord éclectique, révèle quelques pépites, témoins de l’histoire gallo-romaine de la ville jusqu’à nos jours.
Naissance de la ville
Le premier témoignage écrit faisant mention de la ville remonte à l’an 43 avant notre ère. Lucius Munatius Plancus, gouverneur de la Gaule transalpine – le même qui fonde notre ville de Lugdunum cette année-là –, traverse alors Cularo, nom antique de Grenoble, qu’il cite dans une lettre à Cicéron. “Au IVe siècle, Cularo devient Gracianopolis, la ville de l’empereur romain Gratien, qui donnera le nom de Grenoble”, explique Vincent de Taillandier, guide conférencier de la ville.
Petit à petit Grenoble s’impose au détriment de Vienne, le seigneur du Dauphiné y installant même le parlement au Moyen Âge. Alors sous tutelle du Saint Empire germanique, le Dauphiné est rattaché à la France en 1349, mais c’est le futur Louis XI, exilé par son père en Dauphiné en 1447, qui l’intégrera véritablement au royaume de France en l’administrant pendant dix ans.
“En 1590, François de Bonne, duc de Lesdiguières, un protestant proche de Henri IV, s’installe à Grenoble après avoir pacifié le Dauphiné. Il fait reconstruire les remparts, la ville s’agrandit et connaît au XVIIe siècle une période florissante”, complète Vincent de Taillandier. Ne manquez pas le superbe escalier XVIIe au sein de la librairie Arthaud, véritable institution grenobloise hébergée dans l’hôtel Rabot. Le décor de la tourelle extérieure, en oriel, datant du XVIe siècle, n’est pas sans rappeler la cour de l’hôtel Bullioud construit par l’architecte du roi Philibert Delorme à Lyon.
Outre Stendhal, Grenoble compte un autre Grenoblois célèbre : Jean-François Champollion qui, en 1822, déchiffre le secret des hiéroglyphes. Vif, à 20 minutes de Grenoble, abrite la propriété familiale, qui se visite et dévoile une toute nouvelle exposition (gratuite) Curieuses Momies. Des Champollion au Synchrotron.

Tour Perret, vestige iconique
À la fin du XIXe siècle, Grenoble entre dans la modernité, grâce notamment à l’exploitation de la “houille blanche”. On doit ce terme – qui désigne l’énergie hydraulique, en opposition à la “houille noire”, le charbon – à l’ingénieur et papetier Aristide Bergès.
Dès 1869, il utilise la force hydraulique en implantant une conduite forcée de 200 mètres de dénivelé sur le torrent de Lancey, près de Grenoble. L’eau captée fait tourner une turbine, entraînant les machines de son usine.
Bergès contribue à populariser le terme de houille blanche en présentant les bénéfices de cette énergie renouvelable lors de l’Exposition universelle de Paris en 1889. C’est cette même expression qui est reprise pour consacrer à Grenoble, en 1925, l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme.
Des bâtiments, construits pour accueillir les visiteurs, seule subsiste la tour Perret, haute de 90 mètres. “À l’époque, le fort de La Bastille était encore militaire. La tour, conçue pour voir l’Exposition et les montagnes, offrait une vue extraordinaire. Le soir à 21 h, l’Exposition s’illuminait dans une orgie de lumière, symbolisant une énergie naturelle éternelle. 40 000 ampoules éclairaient l’ensemble dont 10 000 sur la tour Perret”, rappelle Vincent de Taillandier.
Construite en béton armé, la tour Perret est alors la plus haute du monde conçue de cette façon, les gratte-ciel des États-Unis privilégiant une ossature métallique. Auguste Perret, connu pour la reconstruction du centre-ville du Havre après la Deuxième Guerre mondiale, venait de terminer en 1923 l’église du Raincy, près de Paris, première église en France construite en béton armé rapidement surnommée la “Sainte-Chapelle du béton armé”. Un pari novateur du maire de l’époque Paul Mistral, qui a donné son nom au jardin entourant la tour Perret. Longtemps fermée au public, cette dernière est actuellement en pleine rénovation et rouvrira début 2026.

Étonnant musée archéologique Saint-Laurent
Au pied de la colline de La Bastille, ce musée, un peu caché, ne manquera pas de surprendre le visiteur. Par son mausolée, qui se découvre en majesté d’une vue en balcon, et sa crypte Saint-Oyant du VIe siècle, qui a gardé ses voûtes et colonnades d’époque, une rareté ! Mais aussi par les strates de quinze siècles d’occupation funéraire livrant une chronologie sans interruption que le site révèle dans un parcours interactif. Entrée gratuite comme pour les onze musées départementaux de l’Isère.
Insolite. Le tout premier office de tourisme ouvre à Grenoble en 1889 ! Alors baptisé syndicat d’initiative, le modèle se diffuse rapidement dans toute la France.

Le saviez-vous ?
En 1622, le duc de Lesdiguières se convertit au catholicisme et est nommé par Louis XIII connétable de France, c’est-à-dire chef suprême des armées. C’est le dernier à porter ce titre dans l’histoire de France.
Focus : l'incontournable musée de Grenoble

“La plus belle collection d’art moderne après le Centre Pompidou”
Rencontre avec Sébastien Gokalp, directeur du musée de Grenoble.

Lyon Capitale : Quelle est la spécificité du musée de Grenoble ?
Sébastien Gokalp : Le musée de Grenoble a la plus belle collection d’art moderne après le Centre Pompidou. En 1994, le bâtiment actuel a été spécifiquement conçu pour mettre en valeur les œuvres d’art, qui bénéficient d’une lumière zénithale, presque comme une cathédrale de lumière.
Quelle orientation souhaitez-vous donner au musée ?
Je souhaite varier les registres d’expositions pour jouer sur l’effet de surprise, présenter des choses qu’on ne connaît pas en espérant transmettre au visiteur l’excitation qui nous anime. Cela passe par notre exposition actuelle sur les estampes et celle du peintre brésilien José Antônio da Silva en avril. Pierre Buraglio est ainsi venu réagir aux œuvres de Philippe de Champaigne. Ce sera prochainement le tour du peintre Guillaume Bresson de se confronter à nos collections permanentes. À l’automne 2025, nous accueillerons les œuvres de la sculptrice franco-polonaise Alina Szapocznikow, au parcours incroyable. Passée par les camps, formée dans la Pologne stalinienne, elle a une approche au corps très sensible, très incarnée comme Louise Bourgeois.
Quel est votre parcours ?
J’ai à la fois une formation d’historien et d’artiste et ai gardé beaucoup de liens avec des artistes. J’ai travaillé huit ans au Centre Pompidou puis comme conservateur au musée d’Art moderne de Paris, à la fondation Vuitton avant de diriger le musée national de l’Histoire de l’immigration.
Avec des collections d’art moderne de tout premier plan, le musée de Grenoble vaut à lui seul le déplacement. Sous la houlette d’Andry-Farcy, son directeur de 1919 à 1949, le musée se dote de tableaux des plus grands maîtres du XXe siècle : Picasso, Matisse, Van Dongen, Modigliani… Femme lisant est ainsi en 1921 le tout premier Picasso à entrer dans un musée, sur un don de l’artiste. Si le site présente des collections de l’Antiquité à nos jours, ce sont bien ses chefs-d’œuvre représentant tous les grands courants du XXe siècle, qui lui ont conféré une réputation internationale. En plus, depuis 2023, l’entrée est gratuite pour les collections permanentes.
À ne pas manquer !
Le magistral ensemble des trois “Bleu” de Miró, prêté par le Centre Pompidou pour l’exposition consacrée au peintre l’été dernier à Grenoble, est resté en dépôt et est encore visible… jusqu’en mai prochain.
Clin d’œil lyonnais
Émile Guimet, fameux industriel lyonnais et collectionneur d’antiquités égyptiennes, était aussi un musicien et un compositeur. Le prolifique dessinateur Gustave Doré a réalisé dix lithographies créées pour 10 scènes et mélodies pour chant et piano, des partitions d’Émile Guimet, éditées en 1859. Deux d’entre elles (issues d’une donation d’Émile Guimet) sont visibles dans l’exposition Chefs-d’œuvre inconnus de Dürer à Fantin-Latour.
Exposition gratuite et visible jusqu’au 9 juin 2025.

La Bastille, poumon vert au plus proche de la ville
La colline de La Bastille, lieu emblématique de Grenoble, est le point de départ de nombreux sentiers de randonnée permettant de se mettre au vert sans transition à partir du centre-ville. Les plus courageux pourront s’attaquer au 261 mètres de dénivelé jusqu’au fort de La Bastille tandis que les bulles offriront une alternative confortable avec vue panoramique jusqu’au sommet. Vous êtes déjà ici sur les contreforts du massif de la Chartreuse. Le GR 9 reliant le Jura à la Méditerranée passe d’ailleurs par Grenoble !

Couvent Sainte-Cécile
Joyau du patrimoine grenoblois, cet ancien couvent du XVIIe siècle abrite les éditions Glénat. Poussez la lourde porte en noyer de l’ancienne chapelle, vous y découvrirez les étonnants vitraux dessinés par l’illustrateur et auteur de BD Joost Swarte, contant l’histoire du livre, un immense pan de bibliothèque comprenant tous les ouvrages publiés par la maison d’édition depuis 1969 ainsi que des expositions temporaires et le cabinet Rembrandt, dédié aux estampes du maître.
Pratique
Où loger ?
• RockyPop, ambiance pop et décontractée au cœur du centre-ville, chambres modernes et spacieuses, alliant chic et confort
rockypop.com/grenoble/
• The Babel Community, hôtel-appartement avec vue, réhabilité sur les contreforts de La Bastille
thebabelcommunity.com/grenoble/
• Domaine de Rozan, au col de Porte, hôtel, gîte et chalets, accessibles en bus urbain depuis le centre-ville (20 minutes)
domainederozan.com

Où se restaurer ?
• Café Andry, restaurant du musée de Grenoble, carte moderne dans un cadre lumineux, avec un menu conçu en lien avec l’exposition temporaire du moment
• Café Numéro21, restaurant familial servant une cuisine du monde inspirée d’Odessa, dans un décor épuré à l’ambiance intimiste
• RockyPop bar et restaurant, ambiance rock’n’pop, cuisine gourmande avec bons burgers et pizzas, calendrier d’activités proposées (concerts…)
Événements
Retrouvez de nombreuses conférences et visites guidées en lien avec le centenaire de l’Exposition sur : centenairehydro2025.org
Comment s’y rendre ?
• En train, direct Lyon-Grenoble, 1 heure 23
• Voyagez malin ! G-PASS, une city-card (version Chrono 24 h ou Montagne 72 h) alliant gratuité des transports en commun et gratuité ou réductions pour plus de cinquante sites partenaires dans ou à proximité de la ville. Respectivement 24/32 euros
Plus d’informations : grenoblealpespass.com